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Angelo Bison - Da Solo

Une performance d’une radieuse mélancolie, comme un coucher de soleil sur une colline toscane.

Il a beau être « Tout seul », Angelo Bison peuple notre soirée de mille paysages et personnages.

LE SOIR

C’est une histoire toute simple, celle d’un jeune homme qui un jour prend le large, quitte sa Toscane merveilleuse pour la grisaille du nord de l’Europe, et décide finalement d’y inscrire sa vie, d’y fonder une famille, d’y trouver du travail, dans un hôtel, ces palaces où l’on n’arrête pas d’admirer ou d’envier ceux qui bougent sans cesse partout dans le monde ... D’y construire une maison. De regarder partir sa fille vivre sa propre vie ; et d’assister impuissant à la maladie qui ronge la mémoire de sa femme.

Une histoire bouleversante car celle de millions d’autres sur notre continent. Et paradoxalement ici dans notre Wallonie venus de là-bas de l’autre côté des Alpes. Ce ne sont pas les accords de la CETA qui l’ont mené là, mais juste le besoin d’un ailleurs, d’autre chose, d’une vie supposée meilleure, quand bien même il fallait pour cela laisser derrière soi, les couleurs ambrées et les odeurs d’olives, les premiers émois amoureux, les jeux faits de bouts de ficelles ; l’enfance joyeuse dans une réalité dure. Mais la terre sur laquelle on atterrit est aussi pleine d’odeurs, de couleurs et d’attaches. Sans doute est- ce une bonne raison d’y rester, au point que tous ces sens finissent par devenir les vôtres, vous avez la chance dans vos souvenirs de les additionner, de les soustraire, de les entrelacer.

À l’extinction de sa vie, au moment du bilan, celui-ci est sensible ; précisément fait de ces petits riens qui en fait font la vie, de ces allers-retours entre l’enfant et le vieillard, entre l’innocence et la responsabilité, entre l’envie et le devoir. Parfois la révolte surgit, souvent la nostalgie, surtout la tendresse, sans qu’elles choisissent leur camp d’un côté ou non des alpins.

Da solo devient alors une saisissante réflexion sur l’humanité, le sens même des priorités de la vie, elle parle de cette migration que chacun de nous accomplit dans sa vie pour tenter de savoir qui il est. Les origines nous ne les traînons pas, nous les inventons au fur et à mesure envers et contre nous. Le texte devient alors brûlant d’actualité. Longtemps, qu’Angelo Bison (qui depuis ces deux solos primés est devenu maître dans la discipline) porte ce texte pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire de raconter, car c’est son trajet de vie, et pour ma part longtemps que ces sujets me taraudent et sont la source de mon travail depuis toujours. (Encore plus depuis Une Aube Boraine). C’était donc le texte idéal pour nous retrouver et partager jeu, récit et émotions.

Lorent Wanson